mercredi 4 février 2015

Laisse- moi te demander et te demander et te demander Jolie Mort éternellement…



Chaque soir
 Bleu de Prusse
A la lune amande 
Il l’implore
Mais elle ne vient pas
Depuis des années
C’est le même rituel

Elle est sourde
Elle est aveugle
Elle ne veut pas de lui

C’est la même ritournelle

Elle ne veut pas le prendre
Elle ne veut pas de lui..

Et il la supplie
Et il la prie
Et il la pleure

Elle est inflexible!

Pauvre il devient riche
Des nefs portent son blason de marquis
Sur toutes les mers
Elle le rend prospère
Quatorze enfants
Elle le rend fécond
Il amasse
Les marmots braillards
Les sous dorés
les maitresses lutines
Les champs de roses de Bulgarie
Les châteaux aux toits argentés
Elle le rend puissant  
Aussi puissant qu’un Charles Quint
Elle le rend célèbre
Que des Poètes et des académies
 Prennent pour Mécène!


Vieillard

Maintenant 

Il  a tout pour être heureux

Et pourtant  il peine dans son immense Palais albâtre...

Il la voulait
Jeune
Elle ne veut pas de lui…

Jusqu’à ce matin

Elle frappe à sa porte

Elle lui chante
"Viens enfin  j’exauce ton vœu
Mortel amant
Je t’amène
Ce soir tu soupes avec moi…"

Non pas tout de suite !

C'est son dernier cri


Non pas maintenant !

C'est son dernier râle

Laisse- moi te demander et te demander et te demander Jolie Mort éternellement…

lundi 2 février 2015

Alors laissons les jouer...



Qui le premier a eu l’idée ?

Peu importe…

Près du bloc
Les enfants se sont mis à jouer

Ainsi

Une bataille de boules de neige improvisée
Après un long voyage de trois jours
Les enfants ankylosés se détendent

Ainsi

Et oublient le froid
Et leur peur
Et leur  chagrin
D’être séparés de leurs familles

Ainsi

Aussi agiles que des chamois
Ils se battent  
Et crient
Et oublient…ainsi !

Tous les regardent

Du coin de l’œil

Dans le camp

Certains pleurent
Ou rient

Dans le camp

D’autres prient
Ou
Maudissent le Ciel

Dans le camp…

Seuls les enfants jouent ainsi
Et personne n’ose les interrompre

Car bientôt il ne restera plus rien

D’eux
De leurs jeux

Car bientôt il ne restera plus rien

De ces enfants
Défiant  le froid  de  cet enfer blanc
De ces amandiers en fleur
Embrasés par les fournaises de cet enfer  sur terre

Bientôt !

Alors laissons les jouer... 


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Jérémie, chapitre 1, versets 11 à 14:


« La parole de l'Éternel me fut adressée, en ces mots: Que vois-tu, Jérémie? Je répondis: Je vois une branche d'amandier. Et l'Éternel me dit: Tu as bien vu; car je veille sur ma parole, pour l'exécuter. La parole de l'Éternel me fut adressée une seconde fois, en ces mots: Que vois-tu? Je répondis: Je vois une marmite bouillante, du côté du nord. Et l'Éternel me dit: C'est du nord que la calamité se répandra sur tous les habitants du pays. »